Enduro Cheval

Le cheval, l'animal, la distance

Ration d’un cheval d’endurance : fourrage d’abord, concentré ensuite

Avatar de Sophie Delmas

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« Qu’est-ce que je lui donne en plus pour un 90 km ? » C’est souvent la première question posée avant le plan d’entraînement lui-même, alors que la réponse tient d’abord dans ce qu’on ne change pas : le fourrage. Un cheval d’endurance bien nourri n’est pas un cheval gavé de concentré la veille de l’épreuve, c’est un cheval dont la ration repose sur des fondations fourragères solides toute l’année.

Le fourrage, la base non négociable

Le cheval est un herbivore fait pour manger de petites quantités en continu, et son système digestif — un estomac de petite taille, un gros intestin conçu pour fermenter la cellulose — fonctionne mal avec des repas rares et concentrés. Le fourrage (foin, herbe, enrubannage) doit représenter la part largement majoritaire de la ration, y compris chez un cheval en pleine préparation d’endurance. Réduire le fourrage pour faire de la place au concentré est une erreur classique : c’est justement le foin, fermenté lentement, qui fournit une part importante de l’énergie utilisable sur un effort de longue durée, en plus de préserver la santé digestive.

Cette proportion bouge un peu selon les saisons : un cheval au pré une bonne partie de l’année couvre une large part de ses besoins en herbe fraîche, tandis qu’un cheval davantage au box dépend presque entièrement du foin distribué, ce qui impose une vigilance accrue sur sa qualité et sa quantité.

Mesurer avec l’unité fourragère cheval

Pour comparer les apports énergétiques de différents aliments, les nutritionnistes utilisent l’unité fourragère cheval, une échelle qui permet d’exprimer sur une base commune la valeur énergétique du foin, de l’herbe ou des concentrés. Cette référence, développée notamment par les travaux de l’INRAE, aide à raisonner la ration en fonction du travail réellement fourni plutôt qu’à l’estimer au jugé.

Poste de la ration Part indicative du total Rôle
Fourrage (foin, herbe, enrubannage) Part largement majoritaire, à volonté ou quasi Énergie de fond, santé digestive, mastication prolongée
Concentré énergétique (céréales, aliment composé) Part complémentaire, ajustée à la charge de travail Apport d’énergie rapide pour soutenir l’effort intense
Électrolytes Part réduite mais critique en période d’effort Compensation des pertes minérales par la sueur
Compléments (huile, vitamines, minéraux) Part marginale Ajustement fin selon l’analyse du fourrage et l’état du cheval

Le concentré, un supplément, pas un moteur

Le concentré a sa place pour les chevaux dont le travail dépasse ce que le fourrage seul peut couvrir énergétiquement, mais son introduction doit rester progressive et raisonnée. Le point de vigilance principal concerne l’amidon, présent en quantité dans les céréales : un apport trop généreux en un seul repas dépasse la capacité de digestion de l’intestin grêle, l’amidon non digéré arrive alors dans le gros intestin où il fermente brutalement, avec un risque de troubles digestifs et parfois de fourbure. Fractionner les repas de concentré et ne jamais compenser un jour de repos par une double ration sont deux principes simples qui évitent le problème.

Les électrolytes, une question de moment plus que de quantité

Sur un effort prolongé, la sueur du cheval évacue une quantité importante de minéraux, en particulier du sodium. Les électrolytes ont leur rôle à jouer autour de l’effort, avant et pendant les compétitions longues, mais leur usage se raisonne au cas par cas selon la durée de l’effort, la météo et l’état du cheval — un sujet suffisamment technique pour mériter son propre développement, en lien avec un vétérinaire ou un nutritionniste équin plutôt qu’une recette générale appliquée à tous les chevaux sans distinction.

Construire une ration, pas suivre une recette

Chaque cheval — son gabarit, son métabolisme, la qualité de son fourrage, l’intensité réelle de son travail — a une ration qui lui est propre. Le rôle d’un cavalier sérieux n’est pas de reproduire la ration d’un autre couple qui a bien terminé une course, mais de faire analyser son foin, d’observer l’état corporel de son cheval sur la durée, et d’ajuster avec l’aide d’un vétérinaire ou d’un nutritionniste équin en cas de doute — en particulier avant d’introduire un complément dont on ne maîtrise pas bien les effets.

Le principe qui résume tout, celui que je répète à chaque nouveau cavalier qui débute en endurance : nourrir le foin d’abord, ajuster le concentré ensuite, et ne jamais inverser l’ordre sous prétexte que la compétition approche. Un cheval dont la ration foncière est mal construite tout au long de l’année ne rattrapera jamais ce déficit avec un sac de granulés la semaine précédant l’épreuve, et c’est aussi vrai pour le plan de préparation physique que pour l’alimentation.


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